A la rencontre de Patrick George - Président de COPIL du Site Nord-Centre Morvan « Milieux humides, forêts, pelouses et habitats à chauves-souris du Morvan ».
2026 étant la dernière année de mandat de Patrick George en tant que Président du COPIL Natura 2000 Nord-Centre Morvan, il partage ici les moments forts de sa présidence (2017-2026). L'interview se déroule par une journée ensoleillée à son domicile de Pierre Pertuis où il nous accueille chaleureusement dans son bureau où sont entreposés les souvenirs retraçant sa carrière en tant que fabricant de bois de plaquage et expert des bois précieux.
" Dans notre famille, on a pas beaucoup de sang dans les veines, on a surtout de la sciure et de la sève. "
Pour débuter cet entretien, pouvez-vous nous en dire en plus sur vous et votre parcours ?
Issue de quatre génération de producteurs de bois de plaquages, dans notre famille, on a pas beaucoup de sang dans les veines, on a surtout de la sciure et de la sève. De ce fait, l’exploitation forestière et la connaissance du bois ont peu de secret pour moi. J’ai passé ma vie à voyager pour trouver des bois un peu partout dans le monde entre l’Amérique du Sud, l’Afrique et l’Asie. On est venu s’installer ici avec ma femme car notre famille vivait sur le territoire depuis plusieurs générations. Aujourd’hui, je passe une retraite studieuse parce que je poursuis l’expertise de matériaux pour différentes compagnies de ventes internationales, et plus spécifiquement pour la CITES*. En parallèle, je suis engagé auprès de la commune de Pierre-Perthuis en tant que premier adjoint de mairie, et par extension Président de COPIL du site Natura 2000 Nord-Centre Morvan.
Qu'est-ce qui vous a motivé à vous impliquer dans le réseau Natura 2000 ?
" J’avais besoin de m’impliquer dans cette démarche de protection de la biodiversité dans ce territoire, parce qu’on a vu trop de choses catastrophiques dans d’autres régions et je pense que je me le serai reproché toute ma vie de ne pas avoir fait quelque chose. "
La première raison de cette implication est l’attachement à cet environnement, tellement fantastique du Morvan et de pouvoir préserver ce paysage et cette biodiversité locale. C’est pourquoi entrer dans le programme Natura 2000 faisait sens. Je me suis retrouvé élu Président en 2017, renouvelé pour un nouveau mandat en 2024, je suppose par satisfaction des élus des communes de ma présidence et ce malgré mon âge. J’avais besoin de m’impliquer dans cette démarche de protection de la biodiversité dans ce territoire, parce qu’on a vu trop de choses catastrophiques dans d’autres régions et je pense que je me le serai reproché toute ma vie de ne pas avoir fait quelque chose.
Et l'autre raison fait écho à mon implication au sein de ma commune sur la gestion forestière. À mon sens, un arbre c’est comme un fruit, on laisse pas pourrir les pommes sur le pommier, donc quand il est mûr, il faut qu’il tombe pour laisser la place aux jeunes pousses qui le remplaceront. Et c’est dans cette optique que j’ai privilégié la régénération naturelle, parce qu’on s’est aperçu d’une chose, les vieux chênes sont tous en train de mourir à cause du réchauffement climatique et que seuls les jeunes arbres sont plus habitués à faire face à ces changements. Dans nos forêts, on fait des coupes de régénérations régulières grâce à la gestion ONF* et plus particulièrement l’agent qui nous ait affecté (Véronique Pichon) qui est extrêmement attentive à nos exigences et a compris les biens faits de la régénération naturelle.
Canopée, Thibaut Goret
Qu'est-ce qui vous semble primordial pour le bon exercice d'une Présidence de COPIL Natura 2000 ?
D’après moi, ce qui aide au bon exercice d’un Président de COPIL c’est d'être entouré d'une bonne équipe. Et là je tiens vraiment à remercier l’équipe du Parc et l’équipe Natura 2000 car grâce à eux, j’ai pu passer deux mandats pas trop compliqués, surtout quand on se remémore les 166 réunions d’informations et de concertation qu’on a pu faire dans les communes ces 4 dernières années.
Et selon vous, quels sont les intérêts de ce programme européen pour un territoire ?
Selon moi c'est un outil de protection, mais qui dit protection, n’implique pas une mise sous cloche comme les gens ont souvent tendance à le penser. Natura 2000, ce n’est pas cela du tout ! C'est un programme qui n’empêche absolument pas les populations qui vivent dans ces zones protégées de continuer à exploiter d’une manière normale la forêt. Cela a également très peu d’impacts sur l’agriculture, les impacts les plus importants étant liés à la PAC* ou à la Loi sur l’Eau.
Je pense qu’il est absolument indispensable de protéger certaines zones, que l’on pourrait dire d’intérêt national et européen, puisque nous avons quand même la chance d’avoir ici des espèces rares et menacées, tant faunistiques que floristiques.
Et il est important de rappeler que ces mesures de protection sont prises qu’après étude préalable, on ne décide pas souverainement quelle zone va se retrouver en Natura 2000 du jour au lendemain.
Au cours de vos 9 années d'engagement, quel souvenir marquant retenez-vous ?
Sur la commune de Pierre-Perthuis par exemple, classée en Natura 2000 et en zone de protection de biotope, nous avons pu retrouvé grâce à un spécialiste en botanique plusieurs espèces de fougères rares comme l’Osmonde royale. Nous avons également noté la présence d’oiseaux particuliers comme le Faucon pèlerin, que j’ai eu la chance d’observer lors d’une balade.
Quel serait votre bilan des actions Natura 2000 menées sous votre Présidence ?
" Maintenant, je le sais, je peux continuer à couper des arbres, mais pas n’importe comment. Il y a un mode d’emploi et notre rôle c’est de faire passer le mode d’emploi auprès des habitants. "
Durant ces mandats, je n’ai pas eu l’impression de perdre mon temps, ce dernier devenant précieux à partir d’un certain âge. J’ai le sentiment d’avoir œuvré pour les générations qui vont arriver, d'avoir travailler pour nos enfants et petits-enfants et le lègue que nous allons leur laisser.
Toutes les réunions d’informations et de concertation, que nous avons pu mené depuis quatre ans dans le cadre du projet d’extension du périmètre Natura 2000, ont été un choix commun entre l’équipe du Parc et ses élus afin d’obtenir une adhésion locale la plus large possible et ne pas répéter les erreurs passées. Il faut se remémorer qu’en 2007, lorsque la France a été mise en demeure d’établir des zones de protection Natura 2000, ces dernières ont été décidées souverainement par l’autorité et sans demander leur avis à qui que ce soit. Ce travail de concertation, a mis en lumière le besoin d’échange et de clarification avec la population locale sur le programme Natura 2000 et les enjeux écologiques de notre territoire.
Il faut voir aussi que grâce à Natura 2000, les habitants peuvent bénéficier de beaucoup d’accompagnements dans l’esprit de la protection de la nature. Par exemple la protection des espèces de chauves-souris qui font l’objet d’actions, comme cela a été réalisé sur la commune d’Arnay-le-Duc (21) par la réalisation d'un chantier d’aménagement de l’église. Un projet similaire est en cours de préparation à l’église de Pierre-Perthuis, où une colonie de Petit Rhinolophe a migré dans les anciennes caves du château. Il faut bien rappeler que la présence de chauves-souris est un signe que l’écosystème est sain, donc c’est un bon signe d’en avoir et de les protéger. Les actions de Natura 2000 s’étendent du diagnostic du site à la mise en place d’aménagements favorables à la biodiversité, qui s’inscrivent dans les missions des animateurs de site et qui sont proposés à la population.
Franchement, Natura 2000, vous m’avez vraiment appris des tas de choses, et conforter dans certaines idées. Jadis, moi le premier, « réaction du mec qui coupe des arbres », j’étais très agacé et je me disais que Natura 2000 allait pas me rendre la tâche facile, sans réellement en comprendre l’intérêt. Maintenant, je le sais, je peux continuer à couper des arbres, mais pas n’importe comment. Il y a un mode d’emploi et notre rôle c’est de faire passer le mode d’emploi auprès des habitants.
À quel lieu êtes-vous particulièrement attaché au sein des sites Natura 2000 du Morvan ?
Sans surprise, c’est le site de la vallée de la Cure. Les deux ponts de Pierre Pertuis évidemment, qui abritent justement une biodiversité remarquable de faune et de flore, puisqu’on a la chance ici d’avoir du Cincle plongeur, de la Loutre d’Europe, de la Moule perlière, enfin tout le panel d’espèces à protéger. Et il y en a quand même d’autre, comme la vallée de la Canche que j’affectionne également.
Dans un contexte de changement climatique et d'effondrement de la biodiversité, comment voyez-vous l'avenir de la protection de la nature en France et en Europe ?
J'ai vu de mes propres yeux les conséquences catastrophiques de l’intensification des pratiques agricoles à l’étranger, qui ont des impacts sur la biodiversité mais aussi sur les habitants et leur santé. Comme à San Ignacio de Velasco où la réserve fabuleuse de biodiversité du Pentanal a été ravagé au profit de la production massive de soja. De la même façon, quand je vois ici des paysans qui ont 600 € par mois pour vivre, comment font-ils ? A 600 € par mois, on ne peut pas vivre. Entre un abonnement téléphonique, le loyer et le foncier, s'ils n’ont pas de jardin, ils ne mangent pas. Voilà ce qui nous attend avec le Mercosur si nous ne réagissons pas pour défendre ensemble notre territoire et notre agriculture. L’appauvrissement du milieu rural et de sa population, c’est une des raisons pour lesquelles j’ai envie de me battre pour Natura 2000, parce qu’il ne faut pas laisser faire cela !
À la vitesse où se dégrade la biodiversité et les épisodes climatiques extrêmes, il me semble indispensable que ces actions de préservations se poursuivent et s’étendent à un plus grand périmètre des sites protégés.
Quel est l'objectif à défendre, selon vous, dans les prochaines années en Natura 2000 ?
Il est nécessaire de continuer absolument la protection des forêts de feuillus du Morvan, parce que l’on observe la richesse de ces écosystèmes et leur importance à l’habitabilité du territoire. C’est un objectif auquel je tiens beaucoup.
Auriez-vous un message à transmettre à nos lecteurs et lectrices ?
Impliquez vous à fond dans la protection de la biodiversité, car c’est l’avenir de tous et c’est surtout l’avenir de nos enfants ! Avez-vous envie qu’ils vivent dans des friches industrielles ? Et surtout, n’allez pas chercher trop loin ce que vous avez à votre porte, c’est important.
* CITES - Convention sur le Commerce International des Espèces de faune et de flore Sauvages menacées d'extinction
* ONF - Office National des Forêts
* PAC - Politique Agricole Commune
