Les Cours d'eau

Habitats ou habitats d'espèces d'interêt communautaire concernés:

 

- Habitat d'espèce de l'Ecrevisse Pieds Blancs (1092), de la Lamproie de Planer (1096) et du Chabot de rivière (1163)

- Forêt alluviale à Aulnes et Frênes (44.3 - *91E0)

- Mégaphorbiaies mésotrophes montagnardes (37.7/37.8 – 6430)

- Rivières (à Renoncules) oligotrophes acides (24.41 – 3260/1) (habitat d'espèce)

 

Les cours d'eau

L'Ecrevisse Pieds blancs préfère les ruisseaux dont la ripisylve est développée. Elle utilise les caches fournies par les souches, les sous-berges ou les pierres. Elle fréquente les eaux de bonne qualité du cours supérieur des rivières.

Les fonds pierreux sont utilisés comme lieux d'abri et de ponte par le Chabot de rivière.

La fraiye de la Lamproie de Planer a lieu sur substrat de gravier et de sable. Les larves vivent enfouies dans le sédiment jusqu’à la métamorphose. Les adultes gagnent les lieux de fraye par une légère migration de quelques centaines de mètre vert l’amont.

L’Ecrevisse Pieds rouges préfère les rivières à courant calme et les étangs aux eaux de bonne qualité mais colonise aussi les secteurs à courant calme des rivières rapides.

La végétation immergée des rivières oligotrophes est constituée par des groupements parfois réduits aux renoncules aquatiques ou aux callitriches à crochets, formant de longues chevelures mouvantes entre deux eaux ou en taches denses sur le fond

Les berges

L'ensemble des forêts riveraines ou ripisylves est caractérisé par un boisement dominé par les aulnes et les frênes et par une végétation herbacée dense et très diversifiée. Les distinctions entre les différents types se font surtout en fonction de la nature des sols et du cours d'eau et de leur position par rapport à celui-ci :

  • Les aulnaies - frênaies à Laîche espacée se trouvent sur les bords immédiats des petits ruisseaux des vallons et au niveau des sources et des suintements,
  • Les aulnaies - frênaies des rivières à eaux rapides, à Stellaire des bois et Renoncules à feuilles d'Aconit se trouvent sur les bords des sections les plus en aval des ruisseaux.
  • Les Mégaphorbiaies sont situées à l’interface entre les prairies ou les friches humides et les cours d’eau. Elles sont caractérisées par des hautes herbes comme la Reine des Prés, la Renoncule à feuilles d’Aconit ou l’Epilobe hirsute.

Intérêt écologique et patrimonial

  •  L'Ecrevisse pieds blancs, Lamproie de Planer et le Chabot de rivière, témoignent de milieux ayant conservé une bonne qualité d'habitat et un caractère "naturel" (non perturbé).L'Ecrevisse pieds blancs est une espèce très sensible et un très bon indicateur de la qualité des eaux.
  • L’Ecrevisse à pieds blancs est protégée au niveau national (arrêté du 21 juillet 1983) et par la Convention de Berne (annexe III,  JO du 28 août 1990 et du 20 août 1996). Elle est considérée comme menacée à moyen terme à l’échelle européenne.
  • Les forêts riveraines offrent une protection mécanique des berges, un ombrage des cours d'eau et des abris offerts à la faune aquatique, notamment à l'Ecrevisse Pieds blancs (inscrite à l'annexe 2 DHFF) par le chevelu racinaire des aulnes riverains,
  • Les forêts riveraines et les mégaphorbiaies jouent un rôle tampon pour les cours d’eau vis à vis des pollutions en provenance des bassins versants, d’autant plus important qu’elles sont en contact direct avec les ruisseaux.
  • Les forêts riveraines et les mégaphorbiaies constituent des groupements végétaux et une flore (Impatience Ne-me-touchez-pas, Aconit Tue-Loup …respectivement protégée et remarquable en Bourgogne) rares du fait de la répartition limitée à une partie du linéaire des cours d'eau 

Exigences écologiques

 L’Ecrevisse pieds blancs :

  • des eaux de très bonne qualité physico-chimique et biologique, claires, peu profondes et très bien oxygénées avec une concentration en calcium de préférence supérieure à 5 mg/l et un pH compris entre 6,8 et 8,1. Elle a besoin d'une température de l'eau relativement constante (15-18°C), qui ne doit dépasser qu’exceptionnellement 21°C en été ;
  • un lit et des berges non modifiés, favorisant l'hétérogénéité de l'habitat et riches en abris variés (fonds caillouteux, graveleux ou pourvu de blocs ;
  • des populations ayant une structure (classes d'âge, sexe ratio) équilibrée, en effectif suffisant ayant la possibilité d’établir des échanges génétiques avec les populations voisines.

La Lamproie de Planer a besoin d’habitats hétérogènes (zones d’accumulation de sédiments, graviers …) connectés entre eux et d’eaux froides (8-11°C pour la reproduction) et de bonne qualité (alimentation des larves par filtration des micro-organismes).

Le Chabot de rivière est un peu moins exigeant en matière de qualité des eaux mais recherche également les substrats de fond grossiers et ouverts. Les cours d’eau à bonne diversité des profils en long lui sont favorables.

Les forêts riveraines nécessitent une nappe d'eau circulante et des apports d'éléments nutritifs par le cours d'eau.

Les Mégaphorbiaies ont besoin de sols humides, relativement éclairés et d’eaux oligotrophes.

 

Etat de conservation actuel et dynamique naturelle

Ecrevisse pieds blancs :

  • Les critères permettant d’évaluer l’état de conservation d’une population d’Ecrevisses autochtones sont :
    • l’équilibre de la structure de la population (classes d’âges, sexe ratio), présence de jeunes individus et de femelles mâtures garantissant un renouvellement des individus ;
    • un effectif suffisant. La recherche n’est pas en mesure à ce jour de fournir les seuils d’alerte ni les optima d’occupation d’un milieu par rapport à sa capacité d’accueil (nourriture et caches) ;
    • L’évaluation de l’état de conservation concerne également l’habitat de l’espèce. Les critères qui permettent de juger de son état sont :
      • la qualité de l’eau ;
      • l’état des berges et du lit : la présence d’une végétation riveraine et notamment de ripisylve (ombrage), la présence de sous-berges, l’hétérogénéité du lit (pierres, galets, sable), l’occupation des sols du bassins versant (absence d’usages agricoles ou sylvicoles intensifs) constituent les principaux critères d’un état de conservation favorable.
      • Le croisement de ces critères donne l’état de conservation de la population.

 Forêts riveraines :

L'ensemble de ces forêts riveraines présente une dynamique naturelle stable. Seuls les chablis ponctuels provoquent un passage temporaire à des formations ouvertes qui se referment progressivement.

Elles se présentent sous plusieurs états différents selon la nature des habitats naturels ou semi-naturels voisins ou le type de peuplement forestier :

  • dans les secteurs boisés en feuillus, la structure de l’habitat est optimale ;
  •  dans les secteurs enrésinés, elles se présentent en tâches relictuelles dans les peuplements jeunes ou mal venus. Dans les peuplements âgés et/ou denses, l'habitat peut avoir complètement disparu, cela demeurant cependant réversible ;
  • dans les secteurs prairiaux, la ripisylve est plus ou moins discontinue sur le linéaire des berges et sur des largeurs le plus souvent très réduites ;
  • dans les secteurs en friche, on observe une reconquête graduelle des berges par la mégaphorbiaie puis les groupements forestiers initiaux.

Menaces

  • Dégradation générale des cours d’eau conduisant à un retrait vers l’amont des cours d’eau aux bassins versants réduits, et donc d’autant plus sensibles aux perturbations, et à un cloisonnement des populations ;
  • Perturbations quantitatives ou qualitatives des apports d'eau en provenance des bassins versants : intensification des pratiques agricoles dans les parcelles de fond de vallée, utilisation de phytosanitaires à proximité des cours d’eau, concentration des rejets d'eaux usées par les systèmes d'assainissement collectif, lixiviats de décharges ;
  • Déconnection des linéaires de cours d'eau empêchant la libre circulation des espèces ;
  • Rectification ou recalibrage des cours d'eau notamment des chevelus les plus fins ;
  • Entretien ou restaurations de ripisylves non raisonnés (travaux lourds) ;
  • Dégradations des berges et du lit dans les secteurs prairiaux, liées localement au passage des bovins ou à l’enfrichement (divagation) ;
  • Dégradations localisées du lit liées aux activités sylvicoles (débardages, coupes rases en bordure de cours d’eau, traversées de ruisseaux non aménagés pour le passage d’engins lors des travaux forestiers…) ;
  • Enrésinements des bords de cours d'eau entraînant un élargissement du lit et la disparition des sous-berges provoqués par l'enracinement très superficiel des résineux dans les sols humides
  • Présence, création ou remises en état de plans d'eau au sein du bassin versant entraînant une élévation de la température de l'eau, des pollutions physico-chimiques (d'autant plus importante que la vanne de vidange est profonde), une évaporation de l'eau réduisant le débit à l'aval avec concentration des pollutions voire assèchement ;
  • Infestation des populations par des maladies (Peste des écrevisses, maladie de la porcelaine) entraînant leur destruction ou leur fragilisation ;
  • Concurrence d'espèces exotiques (Ecrevisses américaines ou de Californie) pour les Ecrevisses pieds blancs (souvent introduites à partir d'étangs). 

Pratiques actuelles

  • sylviculture intensive et travaux sylvicoles :
    • traversées de ruisseaux non aménagées pour le passage d'engins lors des travaux forestiers ;
    • enrésinement des berges et des bassins versants ;
  • non gestion des forêts humides ;
  • populiculture sur un secteur très réduit mais riverain de secteurs stratégiques pour l'Ecrevisse pieds blancs ;
  • élevages bovins ;
  • agriculture biologique, gestion conservatoire et engagements agri-environnementaux en fond de vallée ;
  • prairies temporaires et cultures de céréales en hauts de versants ;
  • plantations de sapins de Noël dans des secteurs restreints ;
  • présence d'étangs de loisirs utilisés ou abandonnés
  • vidanges décennales des étangs ;
  • pêche d’écrevisses américaines de mars à septembre ;
  • pas d’exploitation piscicole des espèces concernées ;
  • décharge illicite ou ancienne décharge relarguant des lixiviats toxiques.

 Bonnes pratiques

  • Entretien si besoin des cours d'eau, par des techniques légères respectant les berges et le lit, sans dessouchages ni intervention d'engins lourds ;
  • Protection des secteurs sensibles du lit (aménagement des traversées de ruisseaux, d'abreuvoirs stabilisés…) ;
  • Prises de précautions lors des vidanges d'étangs visant à réduire les impacts sur la qualité de l'eau (filtres, épandages…) ;
  • Maintien ou mise aux normes des rejets d’eaux usées dans le bassin versant ;
  • Bonnes pratiques agricoles constatées en Bourgogne et bonnes pratiques définies pour les mesures agri-environnementales ;
  • Respect des sols et des peuplements lors des travaux forestiers ;
  • Fermeture effective et/ou réhabilitation des décharges. ;
  • Recommandations des Orientations Régionales Forestières qui devront être prises en compte dans les Orientations Régionales de Production.

Au-delà de la bonne pratique

  • Restauration ou protection des secteurs sensibles du lit ;
  • Maintien de l’usage extensif des prairies en bord de cours d’eau, sans usage de phytosanitaires ni de pesticides pouvant avoir un impact sur la faune aquatique ;
  • Expérimentation de techniques d’assainissement collectif ou de vidanges d’étangs compatibles avec le maintien d’une qualité des eaux compatible et le maintien de la faune aquatique patrimoniale ;
  • Expérimentation de restauration d’habitat dans les secteurs dégradés (reconnexions…) ou de réintroductions de populations dans les secteurs dégradés ;
  • Conservation dans les peuplements de certains arbres morts et arbres à cavités sous réserve de la mise en place d'un dispositif national dégageant la responsabilité civile des propriétaires ;
  • Gestion conservatoire de la bande riveraine en feuillus, remplacement des résineux existants par des essences autochtones ;
  • Utilisation de techniques spécifiques de sortie des bois ;

autres

  • Information et sensibilisation des usagers à la réglementation en vigueur (loi sur l'eau, loi "Pêche"…) ;
  • Suivi scientifique (Observatoire de la Qualité de l'eau depuis 93).

Cours d'eau à écrevisse (Montsauche les settons, 58)


Parc Naturel Régional du Morvan
Maison du Parc
58230 Saint-Brisson
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